Conversations avec Henri Michaux PDF

Des écrivains comme Bataille et le surréaliste français Michel Leiris y ont fait allusion dans leurs textes, mais d’après nos recherches, il ne semble pas que des artistes comme Giacommetti ou Moore en aient tenu compte.


A La Roche-sur-Yon, où les maisons ne comptent pas de nombreux siècles, où le rocher se fait discret, pendant une assez longue période de temps, ont eu lieu autour de l’œuvre d’Henri Michaux des événements divers, qui ne s’en tenaient pas à la seule parole. Et que ce livre voudrait évoquer, à défaut de les donner à vivre de nouveau. Aux écrivains, on a demandé de lire à voix haute, et d’écrire en public. De faire vrombir et trembler le microphone. On leur a proposé des ateliers de confection sur le patron malaisé des textes de Michaux. Des gens sont venus leur prêter main-forte avec des mots imprévus. Aux danseurs, au chorégraphe, il était suggéré de prendre pied sur le sol agité des poèmes, et bien chargés encore de notre bulle respiratoire, de nos cordons vitaux. On a exigé des artistes plastiques qu’ils renversent leur panier ; qu’ils – elles – déchargent en cadence des paniers de choses et de couleurs utiles. Aux universitaires, on a réclamé de faire entendre un chant choral à gauche de l’auditorium, de tourner des pages de papier-calque devant l’assistance en expliquant pourquoi, de phraser une vie – ou de danser ce qu’ils avaient oublié de dire. On a écouté des disques assis autour d’une table en prenant des images. On a lu, surtout, beaucoup de Michaux. Le moyen de rendre compte de ce qui s’est passé ? C’est une des questions les plus pressantes et les plus mystérieuses de l’expérience proposée par cette œuvre. Qu’il s’agisse de dessin, de poème, de chimie ou de musique, l’interrogation est toujours celle-ci : comment inscrire, transcrire, légèrement et sans empêtrement inutile, à la plume enfin partout et toujours, ce qui fait le passage et le mouvement de l’existence, le phénomène de la pensée, de la peinture ou de la musique, si discrets à l’état naissant, si présents cependant, si vitaux. Comment noter ce que furent ces journées, ces échanges, entre lecteurs et liseurs, discoureurs et cursifs, ces conversations entre vivants. Le partage de Michaux, on le sait bien, c’est ce qui se partage le moins. Justement. Notes au lieu d’actes, donc. Parce que les actes d’un colloque, comme leur nom l’indique assez, interrompent au passé le mouvement vivant de la parole et des échanges. Notes au lieu d’actes, une formule empruntée à Michaux, dans son livre Passages. Il s’agissait de désigner des fragments, petits ou grands, des événements ou non.  » Avec tel ou tel événement on commence à prendre contact « .

Et maintenant je le jette par terre et je m’assieds sur son visage – son visage auguste disparaît – mes pantalons tachés d’huile, et mon derrière (car après tout ça c’est ce qu’on appelle) restent, sans gêne, sur ce visage fait à règle. Gouge, gouge, gouge, Dans le gros pot de son ventre il y a un grand secret Tu hags tout autour de nous en pleurant dans tes mouchoirs, Nous sommes étonnés, étonnés, étonnés Nous te surveillons Nous cherchons aussi le Grand Secret . C’est alors que j’ai entendu un fragment du deuxième concerto pour piano de John Cage.-}